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19 mars 2024

Le "nid élaboré" selon Jean-Yves Monnat...

Cet article avait été publié le 03 mars 2010, nous le republions aujourd'hui afin de rendre hommage à JYM ... quelques nids ne tarderont pas à atteindre le stade de "nids élaborés"

"J'extrais ce bout de phrase du dernier compte rendu (30 avril) de Céline et Philippe sur l'activité des mouettes tridactyles du cap Blanc-Nez. Pourquoi ce bout de phrase, me demandera-t-on ? Qu'a-t-il de si particulier qu'il suscite un commentaire ? N'est-il pas immédiatement compréhensible ? Il y a, bien sûr, ces guillemets à l'expression « nids élaborés », mais il n'y a là rien de choquant. Choquant, non. Mais il faut toutefois faire remarquer que les auteurs ont utilisé cette typographie en connaissance de cause, signifiant par là qu'ils avaient recours à une expression consacrée. « Nid élaboré ». Cela signifie-t-il autre chose qu'un nid construit, tout bêtement ? Qu'y aurait-il à en dire d'autre ? Justement, bien des choses. Que voici.


Il y a couple et couple

Quand on se propose de suivre une population, quelle qu'elle soit, animale ou végétale, le renseignement le plus élémentaire — mais non le moins essentiel —, est l'effectif de cette population. Il faut donc compter. Mais compter quoi ? Les individus ? Pour les oiseaux, et les oiseaux de mer en particulier, c'est le couple, plus précisément le couple reproducteur qui constitue traditionnellement l'unité de décompte. Mais voilà : qu'est-ce qu'un couple, ou plutôt comment reconnaître que l'on a affaire à un couple dans la nature ? Ceux qui s'apprêtent à dire « Fastoche ! Deux individus de même espèce et de sexe opposé observés ensemble sur un site. » s'abstiendront. Trop simple. Aussi naturellement et rapidement que dans un bal ou un dancing les couples de danseurs se font et se défont, deux mouettes, dans une falaise, peuvent passer quelques instants voire quelques jours ensemble sur un même site, puis se séparer, sans autre forme de procès. Couple de danseurs, oui. Couple, non. Couple de mouettes, peut-être. Couple reproducteur, non. Celui-ci entrera dans le décompte des effectifs, pas celui-là.
On le devine, le maître-mot ici est « reproducteur ». Les choses en sont-elles facilitées ? Hmmm... Encore faut-il avoir défini un critère de la reproduction. Ceux qui, sans lever le doigt, se sont précipités pour dire « La ponte ! » auront parlé trop vite. Même si en théorie ils n'ont pas tort, leur décompte aura toutes chances d'être sous-estimé, et parfois gravement. Je connais à cela au moins trois bonnes raisons.
La première est la stérilité d'un des partenaires. Dans les colonies que j'étudie j'ai eu dans ce domaine un cas assez extraordinaire. Une femelle, née en 1990, se « reproduit » pour la première fois à 5 ans ; j'entends par là qu'elle se cantonne durablement sur un site qu'elle occupe tout au long de la saison de reproduction avec un mâle (bagué lui aussi) avec lequel elle construit un beau nid... qui restera vide toute la saison. Même scénario, très exactement, chaque année de 1996 à 2002 avec deux autres mâles et deux changements de site. En 2003, à l'âge de 13 ans, elle pond pour la première fois et élève un poussin. Ce sera sa dernière observation. Voilà donc une femelle potentiellement fertile, qui huit années de rang, de 1995 à 2003, se comporte en reproductrice confirmée — avec des mâles qui par ailleurs ont montré leur fertilité avec d'autres femelles — à ceci près qu'elle ne pond pas. On est en droit de m'objecter que jusqu'à sa douzième année, cet oiseau ne peut être considéré comme reproducteur, puisqu'il ne remplit pas le critère ultime de ce statut, à savoir la ponte. C'est en effet légitime, à la seule condition que ce soit là la définition que l'on adopte. Par ailleurs, ce type de cas me semble exceptionnel et donc peu susceptible d'influencer sérieusement le décompte des effectifs. Voyons la suite...
La seconde raison est autrement plus sérieuse. Elle concerne les cas où la ponte disparaît entre deux visites. On ne peut évidemment être présent en permanence — c'est-à-dire quotidiennement et 24 heures sur 24 — pendant toute la durée de la saison pour vérifier si tel nid a ou non reçu des œufs. Or, maladresse des parents, instabilité du nid, intempéries et, surtout, prédation... sont autant de facteurs susceptibles de provoquer la disparition des œufs avant même qu'on les ait vus. Pire. En Bretagne, grands corbeaux et corneilles noires sont capables de se spécialiser et d'exercer une prédation véritablement massive à ce stade. Les couples dont la couvée a disparu sont bien reproducteurs, sans contestation possible cette fois. Mais si le critère choisi pour les considérer comme tels est celui des œufs, ils ne seront pas décomptés parce que ceux-ci n'ont pas été observés. Cas extrêmement fréquent. Ce serait là une source considérable de sous-estimation lorsque, comme en Bretagne au moins, la prédation est susceptible d'être massive.
La troisième raison est proche parente de la seconde. Elle concerne les cas où, essentiellement pour des questions de topographie, le contenu du nid n'est tout simplement pas visible. Ponte ? Pas ponte ? Impossible à dire, ou presque (certains critères comportementaux permettent de décider, mais il nécessitent de longues séances d'observation, finalement aléatoires). Nous tenons là la situation la plus fréquente dans des colonies comme celle de Blanc-Nez.
Tout cela est bien beau, me fera-t-on remarquer, mais qu'est-ce que ça a à voir avec la notion de « nid élaboré ». J'y arrive, j'y arrive...


Construire un nid

Ce qui précède montre bien que si la ponte constitue, à n'en pas douter, le meilleur critère biologique pour décider du statut reproducteur d'un couple, elle ne convient que très mal pour définir le « couple reproducteur » comme unité de décompte des effectifs. Comment faire ? C'est la question que nous nous sommes posée dès le début de l'étude dans le Cap Sizun, et que nous avons résolue par la notion de « nid élaboré ». (Rendons à César ce qui appartient à Alain : si mes souvenirs sont bons, c'est à Alain Thomas, alors animateur de la réserve de Goulien et associé aux débuts de mes recherches sur la mouette tridactyle que nous devons ladite notion.)
Constat. L'œuf est un objet de petite taille, parfois invisible au fond d'un nid, et potentiellement éphémère parce que convoité par les prédateurs. Prendre les poussins comme critère, du fait de leur plus grande évidence, soit dit en passant, ne change rien au problème : les échecs précoces, qui concernent évidemment des reproducteurs, passeront de la même manière inaperçus. Et même plus. Pourquoi ne pas prendre le nid lui-même comme critère de reproduction ? Avantages. Le nid est un objet volumineux, visible de partout ou presque, et potentiellement plus durable que l'œuf puisqu'il le précède — pour l'accueillir — et lui survit généralement, après sa disparition ou après l'éclosion pour contenir les poussins. Y a-t-il des inconvénients ? Autrement dit, le nid est-il un moins bon critère de reproduction qu'une ponte ? Pour répondre à cette question, il nous faut d'abord comprendre ce qu'est un nid. Nous parlons ici de mouettes tridactyles, et ce que j'en dirai s'appliquera d'abord à cet oiseau. À l'évidence.
Quiconque est un tant soit peu familier des colonies de mouettes tridactyles sait l'extraordinaire diversité de ce qui est visible sur les sites occupés par les oiseaux. Du simple site fienté à la construction robuste susceptible de soutenir simultanément des gros poussins — jusqu'à trois — et deux adultes, on peut observer un continuum d'états progressifs : apports ponctuels de terre ou de végétaux, tas plus ou moins volumineux de terre et d'herbe, belles plates-formes des mêmes matériaux, coupe volumineuse, plus ou moins profonde, capable de contenir et de retenir deux ou trois œufs... C'est à ce dernier stade que s'applique l'expression « nid élaboré ». Et c'est lui qui, depuis une vingtaine d'années au moins, est utilisé comme critère de reproduction dans le cas de la mouette tridactyle. Pourquoi ?
Édifier un « nid élaboré » sur une minuscule protubérance rocheuse au flanc d'une paroi verticale n'est pas chose aisée. Cela demande de la part des oiseaux un certain savoir-faire, de la constance et surtout — surtout ! — une coordination parfaite entre les partenaires, ce qui n'est pas à la portée des oiseaux trop jeunes ou dont la maturité comportementale n'est pas achevée. La raison en est très simple, presque mécanique. L'époque de la construction des nids est très synchrone pour la plupart des couples constitués. À l'échelle du couple, elle précède d'une quinzaine de jours à trois semaines l'initiation de la ponte. Pour arriver à édifier, à élaborer cette construction robuste et solidement adhérente à la paroi, il faut une grande quantité de matériaux, terre humide et herbes des pelouses voisines pour l'essentiel ; mais il faut tout autant qu'à partir de ce moment le site soit gardé en permanence par un des partenaires au moins. À la plus petite absence, les voisins, eux aussi pour la plupart en quête de matériaux pour leur propre construction, trouvent plus facile — on les comprend — de récupérer des matériaux laissés sans surveillance que d'aller les rechercher et les arracher dans les pentes plus ou moins proches. Quelques secondes d'inattention suffisent parfois pour voir piller une construction qu'il a fallu plusieurs jours pour constituer. À ce compte, les couples qui ne sont pas prêts, tout comme ceux qui ont des problèmes, voient leurs efforts rapidement et régulièrement ruinés.
Par conséquent, la construction d'un nid élaboré est sans conteste un excellent indice du degré de maturité physiologique et comportementale d'un couple que l'on peut ainsi, sans complexe, considérer comme reproducteur. En termes d'estimation des effectifs, il constitue certainement la meilleure unité possible, que ce soit dans les colonies marquées à la culotte comme celles du Cap Sizun ou dans celles pour lesquelles les suivis sont plus ponctuels. Trente deux années de recherches témoignent de sa pertinence. "

Jean-Yves Monnat

21 février 2012

Des nouvelles du Cap...


Jean-Yves MONNAT nous annonçait aujourd'hui, le retour des premières Mouettes tridactyles dans les falaises de la Pointe du Raz. Ce retour était l'occasion de réaliser les premiers contrôles d'oiseaux bagués, mais surtout d'annoncer le début d'une trente quatrième saison d'étude de ses petites protégées dans les falaises du Cap Sizun. Jean-Yves, nous te souhaitons, ainsi qu'à Manu et aux autres passionnés qui vous accompagnent, un très bon millésime 2012 à consommer sans aucune modération, car il semblerait que cela conserve... 
De notre côté, quelques photos prises aux alentours du phare OUEST (Bretagne oblige !) et de la plage de l'ancien hoverport...










16 juin 2010

Bretagne suite...

Après Perros-Guirec, nous sommes descendus dans le Cap Sizun rendre une petite visite aux Tridacs Bretonnes et à ceux qui les étudient. Ce fut l'occasion de retrouver Jean-Yves Monnat, Emmanuelle Cam et leurs amis. Nous avons accompagné Jean-Yves à deux reprises sur le terrain, tout d'abord dans les falaises de la Pointe du Raz puis dans celles de la Réserve Naturelle de Goulien. C'est dans les premières que l'on trouve la plus grande colonie de Mouette tridactyle pour la Bretagne. Sur la Réserve, il ne reste malheureusement plus que quelques couples. Une autre petite colonie est installée dans les falaises de la Pointe du Van (quelques couples également) à laquelle nous n'avons pas manqué de rendre une petite visite, histoire de les encourager !!!
A l'occasion de ces sorties, Jean-Yves nous a fait partager une de ses autres passions : les lichens. Comme il aime à le dire : "si tu mets le nez dedans tu entres dans un autre univers"...

Ce goéland du bout du monde avait décidé de nous tenir compagnie...

... à l'heure du repas !!!


Pour identifier les lichens, il faut être aussi un peu chimiste...

Une goutte d'un produit translucide au contact du lichen devient jaune puis rouge sang, cette réaction étant propre à certaines variétés...





Escargots des rochers (Helicigona lapicida) ou Escargots carénés

Chenille licheniphage de la Boarmie des lichens Cleorodes lichenaria (les phalènes-géométridés)
Plusieurs espèces ont deux générations annuelles. Immobiles, leurs chenilles sont très difficiles à apercevoir tant, par homotypie, elles ressemblent à des lichens. Toutes les espèces consomment des lichens. Les chenilles nymphosent sur place, à proximité du lieu où elles ont vécu. Toutes sortes de lichens sont consommés : des lichens crustacés, des lichens fruticulés, certains poussant sur les rochers et les pierres, d'autres sur les murs, les branches, les troncs et les brindilles (extrait de "Chenilles mangeuses de lichens, de mousses et d'hépatiques" www.inra.fr/opie-insectes/pdf/i133coutin.pdf )...
... et un cocon de cette chenille

Prière de ne pas se moquer !!!
Merci Jean-Yves

11 mai 2009

Mai...

Mai.
La construction des nids bat son plein. Les premiers œufs ne sont pas loin. Quelques écervelées auront même déjà pondu dès la fin avril. Oh, bien sûr, ce n'est pas la première activité de construction que l'on constate dans la falaise. Depuis mars, on voit des oiseaux manipuler des matériaux, en ramener de mer, des pentes proches, voire des nids voisins. Rien de sérieux toutefois, au moins jusqu'à la mi-avril..

C'est systématiquement le mâle qui initie la construction. La femelle ne le suit, et alterne équitablement avec lui, que lorsque le couple est bien formé et, mieux, bien coordonné. Ce n'est que quelques jours seulement avant la ponte, entre une quinzaine et une semaine avant, que cette activité a une réelle efficacité. En effet, tant que le couple n'est pas bien formé, et surtout bien coordonné, l'activité de construction a de fortes chances de rester vaine. Je m'explique : si les deux partenaires n'alternent pas strictement pour aller chercher les matériaux nécessaires, c'est-à-dire que l'un reste au nid alors que l'autre va faire son marché d'herbes, de terre et d'algues... si les deux sont absents simultanément, il se trouvera presque toujours un voisin qui trouvera plus simple d'aller pirater les matériaux qu'ils ont accumulé que d'aller les chercher plus loin et, a fortiori, dépenser beaucoup d'énergie pour les arracher dans les pelouses. Un nid laissé sans occupant pendant ne serait-ce que quelques minutes a tôt fait d'être dévasté par les voisins.
Au maximum de la construction, lorsque le nid commence à prendre tournure (c'est ici le cas : on voit que la coupe se creuse nettement), l'activité est frénétique. Les oiseaux amènent, chacun son tour, les matériaux récupérés ailleurs et, pendant que le partenaire va en chercher d'autres, celui qui reste au nid arrange, piétine, creuse... jusqu'au retour de l'autre. Dans la vidéo, le premier oiseau (le sexe est ici indéterminable) piétine avec ardeur, bec fermé. Puis (20 secondes) on le voit ouvrir le bec et manifester des soubresauts dits « d'étranglement », toujours bec ouvert. C'est là un comportement de propriété. On ne voit pas ce qui se passe dans le voisinage, mais il est probable soit que son partenaire, soit un autre oiseau ait approché du nid à ce moment. Quoi qu'il en soit, on voit un peu plus tard le partenaire arriver avec des algues. On sait qu'il va arriver parce que l'occupant du nid se tourne vers le large, bec ouvert : il répond par son propre « kittiwake » à celui émis par l'arrivant pour signaler son retour au nid. Ces cris sont individuels, et c'est ainsi que les partenaires se reconnaissent. Après cette arrivée, il se passe en fait peu de chose. Il est possible que le couple soit intrigué par la caméra (Philippe, tu ne devais pas être bien loin, non ?).
Texte de Jean-Yves Monnat.

Pour répondre à ta question Jean-Yves, ce nid se trouve tout en haut de la falaise, à quelques mètres du bord. Seul mon appareil photo était visible par les oiseaux que je pouvais suivre par l'intermédiaire du petit écran.

Nous te remercions beaucoup pour ta contribution.

08 mars 2009

Bow-and-moan, courbette et gémissement...

Nous avons posé une petite question à Jean-Yves Monnat concernant le comportement d'une Tridac photographiée sur un nid. En voici la réponse.

"Comme je le disais hier, le comportement de tridac exprimé sur la photo est classique. Il est connu sous le nom de bow-and-moan qui pourrait se traduire par " courbette et gémissement"... mais que l'on ne traduit pas.
Cou tendu, bec ouvert, langue sortie, ailes légèrement décollées du corps, yeux plus ou moins fermés selon les cas (un peu bridés).
Mouvement amples de balancier : sortes de courbettes, le cou toujours tendu, raide.
Son plaintif.
Ce comportement intervient le plus souvent quand un individu (très généralement un mâle) "n'est pas content" d'un de ses voisins qu'il ne peut atteindre directement. Il est fréquemment suivi par un envol, l'oiseau conservant une partie de la posture et le même cri pendant qu'il est en vol. Retour souvent bruyant au point de départ ou atterrissage sur le site où se trouvait l'individu contesté."
Jean Yves Monnat


La photo ci dessus correspond à ce comportement.

24 février 2009

Préliminaires : les radeaux

Pendant quatre mois pleins, les mouettes ont été absentes des colonies de reproduction et de leurs parages. Aucune n'est même visible en mer, sauf exception, à l'occasion de certains coups de vent. Aucune en tout cas ne semble s'intéresser de près ou de loin aux falaises dans lesquelles elles ont vécu près de huit mois la saison précédente et où elles reviendront très probablement. Elles sont au large où elles vaquent à leur subsistance, à leur survie.
Les premiers signes que cet état de choses va changer se manifestent souvent dans les derniers jours de décembre. Rien de très évident encore : on commence par voir des mouettes circuler au large des zones de reproduction, hors de toute circonstance météorologique inhabituelle. Il arrive même qu'avec un peu de chance, on voie par hasard l'une ou l'autre venir faire un tour au vol non loin des falaises, plus rarement encore se poser sur la mer, en face.
Tout change en janvier, très souvent dès les premiers jours du mois. Avec un déroulement des évènements variable selon les années et surtout selon les conditions climatiques locales. Mais toujours selon le même schéma général. Des mouettes arrivant du large viennent se poser silencieusement sur l'eau, face aux falaises, peu après le lever du jour, disons à partir de 9h. Elles arrivent isolément ou par petits groupes et forment sur la mer des rassemblements que l'on nomme « radeaux ». Ces radeaux grossissent au cours de la journée avec l'arrivée de nouveaux oiseaux. Au début, ils se dissocient en fin de matinée ou au début de l'après-midi. Peu à peu, les mouettes repartent au large, comme elles sont venues, seules ou par petites bandes.
C'est à partir de ces rassemblements que les oiseaux partent vers les falaises. Mais il faut souvent attendre plusieurs jours après la constitution des premiers radeaux pour qu'elles se décident. On les voit de plus en plus souvent interagir bruyamment, former sur l'eau des couples éphémères... Puis un oiseau semble se décider s'envole en direction de la falaise, suivi ou non par d'autres. Se ravise, revient précipitamment vers la sécurité du radeau. En trente années d'observation de ces préliminaires, je n'ai pas réussi à identifier ce qui les décidait à se poser enfin. Mais lorsqu'un ou plusieurs individus se sont effectivement posés, c'est souvent le radeau entier qui les suit. Et c'est toujours un spectacle assez extraordinaire et émouvant que d'assister à ces premières ruées massives et incroyablement bruyantes vers la falaise.
Situation fragile au demeurant. Car un rien, une alarme de goéland, le passage d'un corvidé, l'envol mal interprété d'une des mouettes ou, a fortiori, le passage d'un prédateur, provoque un envol panique de toutes. Elles reviennent rapidement ou, plus souvent, reforment le radeau pour quelques minutes ou pour le reste de la journée. Tout ce que je sais, c'est que la présence d'un prédateur à proximité, ou son passage en début de matinée retarde considérablement les poses, voire les empêche pour la journée. Par ailleurs, certaines conditions climatiques (vents d'est ou du nord en particulier) réduisent considérablement la taille des radeaux, ou même provoquent l'absence totale des mouettes au voisinage des colonies.
Les jours passent, janvier se termine et février avance. Les radeaux s'étoffent, peuvent comporter des centaines d'individus. Ils sont de plus en plus réguliers et s'attardent jusqu'à la tombée de la nuit. Les poses sont également de plus en plus régulières et massives. Les oiseaux de moins en moins susceptibles, moins prompts à s'envoler et regagner la mer au moindre pet de goéland. Les sites de reproduction se peuplent, en commençant par les zones les plus productives. Les couples se retrouvent, se forment... La colonie reprend son rythme de croisière. Life goes on...
Jean Yves Monnat 24 février 2009
À suivre...

16 janvier 2009

Les premières Mouettes tridactyles sont arrivées

Le jour-même de Noël, Philippe a observé les premières mouettes tridactyles de la saison 2009. L'évènement pourrait paraître ordinaire. Sans doute l'est-il, pour une part. Mais il soulève une foule de questions passionnantes que je me propose d'abord de soulever, puis d'éclaircir.
Premières ou dernières ?
Après tout, cette première observation a eu lieu le 25 décembre 2008. Pourquoi ces oiseaux ne pourraient-ils pas être plutôt qualifiés de dernières tridacs de l'année 2008 ? Pourquoi pas effectivement ? Cela dit, il faut se rappeler que l'année tridactyle ne comporte que deux saisons principales. La saison de reproduction au cours de laquelle elles se rapprochent du littoral ; elles y séjournent de manière continue près de huit mois, généralement de janvier à août, et ne s'éloignent au plus que de quelques dizaines de kilomètres de leur colonie pour assurer leur alimentation. À la fin de la saison de reproduction débute la période internuptiale : pendant quatre mois, d'août à décembre, elles se dispersent sur l'Atlantique nord, hors de vue des côtes sauf exception.
Le calendrier des mouettes ne se plie pas nécessairement aux limites de notre année civile, et il arrive de temps en temps que les premiers retours au voisinage des colonies soient notés vers la fin du mois de décembre. C'est donc le cas cette année pour le Cap Blanc Nez, et l'observation du 25 décembre, après plusieurs mois d'absence, est sans le moindre doute le prélude de leur saison de reproduction 2009. L'ouverture de cette saison comme l'a écrit justement Philippe.
(à suivre)

Qui est Jean-Yves Monnat ?


"Jean-Yves Monnat, ornithologue et naturaliste né à Locmiquelic dans le Morbihan, le biologiste Jean-Yves Monnat est la référence bretonne en matière de naturalisme.

Amoureux de l'hiver, il y goûte avec égal bonheur le chant de l'accenteur, l'odeur des châtaignes grillées et le rugissement de la tempête. Pour cet esthète gourmet, la réclusion quasi monacale qu'impose le froid et la brillance de la lumière sont des plaisirs de saison."

Extrait de Bretagne Magazine, n°36, Hiver 2007

Nous remercions Jean-Yves Monnat pour sa contribution, pour son aide dans l'amélioration de nos connaissances et pour les réponses apportées à toutes nos sollicitations.